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Le masque ivoirien à la recherche de la Beauté

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Masque-passeport sénoufo

Les masques africains ont la particularité, ou plus encore, la faculté de révéler des « amplifications », des « allitérations » et des « assonances » affirme Roger Somé (Cahier d’études africaines, 1996, numéro 141). Je vais tenter de présenter le masque ivoirien, non seulement comme un objet participatif, voire créateur et dépendant d’un rite, mais aussi et surtout, comme une oeuvre plastique.

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Masque sénoufo

Il faut concevoir le masque comme un mode du discours, comme un langage, comme une forme de rhétorique au sein de laquelle on est à même de retrouver les figures du discours textuel et de la littérature. Le masque africain est porteur d’un discours et d’un regard qui lui ôtent presque sa dimension fonctionnelle. De fait, ce regard déposé sur le masque, dans le masque et à travers lui, le transforme, non plus en tant qu’objet de culte ou de rite, mais en tant qu’une oeuvre de contemplation. En d’autres termes, le masque devient une oeuvre d’art, distincte de l’objet rituel qu’il fut ou demeure.

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Masque sénoufo

Or, aujourd’hui, ces masques sont arrachés de leur contexte initial, et présentés dans nos musées et institutions culturelles à un public décontextualisé, amateur et .. Ainsi, ces masques s’offrent à notre imagination comme des images esthétiques, et nous les interprétons d’une manière toute singulière, en fonction de notre propre expérience sensible. Sans ôter le caractère sacré, parfois même secret, et profondément ancré dans des rites et traditions locales très anciennes, nous aborder une approche esthétique, stylistique et sensible de ces objets. En entrant dans nos musées, ces objets sont profondément dé-sacralisés et dé-contextualisés, et s’offrent à nos yeux d’amateurs du XXIe siècle non avertis comme une oeuvre d’art, comme un objet d’art africain, et non plus comme un art « sauvage », primitif ou nègre.

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Masque-passeport baoulé

Le masque est le visage de l’Autre. Le masque est la pensée d’une société à laquelle il appartient. Le masque est une parole, un discours, un symbole. Le masque matérialise des mythes, des cultures et des traditions. Le masque est une osmose, un univers, un champ lexical, symbolique et artistique. En ce sens, le le masque peut être perçu comme l’expression d’une interdépendance entre forme et contenu. Les éléments du visage du masque sont des signifiants, qui chacun, correspondent à des signifiés. Extériorité et intériorité du masque se répondent, se nourrissent mutuellement et surtout, se construisent ensemble.

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Grand masque baoulé

C’est pourquoi, le regardeur non-initié doit, pour reprendre l’analogie d’Oscar Wilde, « voir » et non seulement « regarder ». La dimension sensorielle, sensible et esthétique participe intensément à la création d’une interaction entre l’objet et le spectateur, entre le visage de l’Autre et notre propre visage. Ce choc des cultures devient le dialogue des cultures, et participe à transformer notre perception peut être trop européanisée quant aux civilisations et aux productions artistiques extra-européennes. Il faut d’abord initier le regard, pour ensuite se plonger au coeur de l’Histoire des civilisations, et s’attacher à ne pas omettre l’indispensable approche ethnologique et anthropologique, plus précise et profondément ancrée dans cette Histoire culturelle, qui parfois échappe au grand public européen. C’est pourquoi, nous tentons aujourd’hui, par la rédaction de ce blog, de combiner toutes les approches pour permettre une vue et une interprétation globales et actuelles de ces précieux objets.

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Masque sénoufo

Le masque ivoirien est porteur d’un style artistique singulier, mais il convient de dire qu’il présente finalement plusieurs styles provenant de pistes variées. Le masque ivoirien révèle une interpénétration de cultures différentes. De ce fait, Vincent Grebo observe des similitudes dans les arts des Wè, des Dan et des Grebo. D’autre part, le masque ivoirien présente de nombreuses caractéristiques propres à chacune des tribus du centre du pays, à savoir les Baoulés, les Sénoufos et les Gouro. Celles-ci révèlent un style tout à fait spécifique à leur communauté. L’interpénétration culturelle est pourtant visible dans les masques-heaumes, caractéristique commune qui témoigne de l’existence d’une style trans-ethnique, de relations culturelles entre les civilisations dues à des flux migratoires anciens ou contemporains, à des emprunts d’ « objets », ou encore à des artistes voyageurs.

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Grand masque baoulé

D’autre part, il est nécessaire de réfuter l’opinion encore admise, selon laquelle l’art africain ne connaîtrait pas, ou seulement très peu, de canons esthétiques. Ce point de vue implique qu’il n’y aurait point eu de véritables « artistes » et seulement des sculpteurs anonymes travaillant dans des « ateliers tribaux ». L’exposition « Maîtres africains, l’art de Côté d’Ivoire » qui a ouvert ses portes ce 14 février 2014 au Musée Rietberg à Zürich tente de métamorphoser cette perception toujours porteuse du discours esclavagiste et colonial. L’exposition présente donc les plus illustres oeuvres des grands maîtres Giuro, Baoulé, Dan, Sénoufo, Lobi et ceux de la région des lagunes. On découvre ainsi des sculptures et des masques saisissants de force et de Beauté. Cette exposition repose sur une recherche ethno-artistique focalisée sur les artistes, ces créateurs qui ont institué des canons esthétiques, ensuite transposés par les disciples et successeurs des grands maîtres. L’exposition cherche aussi à faire découvrir le rôle du sculpteur dans la société et les conditions de travail régnant dans les ateliers.

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Masque-passeport sénoufo

Ainsi, le masque africain, et précisément ivoirien, est une figure d’expression, une écriture, un visage et un langage. Le masque ivoirien peut être une image esthétique, une oeuvre d’Art et une matérialisation de son appartenance au monde sensible, sacré et ritualiste. Le masque peut porter en lui ces approches multiples à partir du moment ou son regardeur le voit comme tel, lorsqu’il devient le créateur de l’Histoire culturelle, anthropologique, ethnologique, artistique, littéraire et mythologique de ce masque, re-contextualisé et réinterprété dans l’œil -moderne et unique- de son spectateur.

 

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Masque baoulé lunaire ou Kplé-Kplé

Juliette.

Webographie :

SOME R., Masques, Suivi d’un texte de FROBENIUS L., 1898, In: Cahiers d’études africaines, 1996, vol. 36, n° 141, p. 303-306 [en ligne] <http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cea_0008-0055_1996_num_36_141_2017_t2_0303_0000_2> (consulté le 5 avril 2014)

Iconothèque :

Le masque africain de Côte d’Ivoire [en ligne] <http://www.african-concept.com/afrique-le-masque.html> (consulté le 5 avril 2014)

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La Côte d’Ivoire ou le dialogue des cultures: flash sur les Baoulé

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Costume traditionnel Baoulé

En 2013, le tout premier long métrage d’animation en 3D est réalisé en Afrique de l’Ouest : Pokou, princesse Ahanti adapte une légende ivoirienne, celle du peuple baoulé et de leur reine, Abla Pokou. Avec un petit budget de 150 000 euros, Lassane Zohoré, le producteur, explique s’être basé sur la légende mythique de Pokou tout en confinant au film une touche humoristique dans le but de rendre le film accessible au plus grand nombre. En effet, sur le site officiel du film, on lit: « Ces mythes et légendes ne sont pas suffisamment exploités et présentés au public. Ces histoires sont pourtant présentes dans nos livres et mieux, elle sont présentes dans le programme de l’éducation nationale; Soundjata Kéita, Abla Pokou, Samory Touré, le roi Béhanzin. Toutes ces histoires ressortent des messages et des valeurs nécessaires à la revalorisation de nos cultures. » (http://www.pokoulefilm.com/index.php?choix=lefilm) Ce projet tente ainsi également de mettre en lumière la culture baoulé.

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Bas relief sur bois

Avant de vous conter ce mythe fondateur, et de vous présenter la civilisation des Baoulés, il convient de vous offrir un panorama global pour se plonger dans l’univers des Baoulés.

Le fleuve Bandama coupe la Côte d’Ivoire en deux, et forme ainsi la frontière entre l’ouest et l’est du littoral atlantique oriental. Ce fleuve a permis à des populations de se développer dans un milieu naturel propice : entre une grande forêt et une savane humide. Les Baoulés occupent essentiellement le centre de la Côte d’Ivoire : c’est aujourd’hui un peuple de plus de trois millions d’individus. Ainsi, les Baoulés sont la première civilisation du pays, devant les Bétés et les Sénoufos. Il se concentrent de nos jours autour des villes de Bouaké et de Yamoussoukro.

La civilisation akan, dont les Baoulés font partie, est une civilisation de l’or. Le royaume akan, avant la naissance de la prestigieuse confédération des États ashanti entre 1701 et 1750, a fondé sa prospérité sur l’utilisation de ce précieux métal. Le commerce de l’or créa les bases d’une organisation fastueuse où artisans groupés en associations professionnelles participèrent à créer une esthétique de cette technique.

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Aquarelle du mythe d’Abla Pokou

Mais il faut débuter par les origines de ce peuple caractéristique de Côte d’Ivoire. C’est au XVIIe siècle que leur histoire commence. Après des querelles dynastiques dans l’empire ashanti, le peuple baoulé quitte la Côte-de-l’Or. La Reine Abla Pokou et les membres du clan royal baoulé guident leur peuple et décident de se fixer dans la région entre Nzi et Bandama. Ils se mêlent aux peuples Gouro et Sénoufo, présentes sur le territoire, et instaurent un royaume considérable.

Le nom de « Baoulé » signifie « l’enfant est mort ». Poursuivis par leurs ennemis, le peuple n’a qu’une solution, celle de franchir le fleuve Comoé : la Reine Pokou décide alors de sacrifier son fils pour la survie de son peuple. Le nom de « Baoulé », qui signifie « l’enfant est mort » est ainsi originaire de cette page de leur Histoire. Les fleuves Bandama et Comoé forment ainsi les frontières mythiques du peuple baoulé.

Dans un premier temps, la reine Abla Pokou va étendre son hégémonie et son pouvoir sur le centre du pays et créer des cité-états organisées en différents clans. Gourmands, les Baoulés vont mettre la main sur les territoires des peuples Senoufo, Malinké et Gouro. Dès lors, ils mettent en place une politique décentralisée. La culture baoulé est ainsi influencée par d’autres civilisations qui l’ont côtoyé, et dont elle conserve des empreintes.

Une des particularité de la société et du régime baoulé est son type matrilinéaire. Les Baoulés ont, depuis la Reine Pokou, formé des lignages à filiation matrilinéaire, qui prennent leurs racines autour du lignage royal. Aujourd’hui, les Baoulés sont toujours proches du matriarcat. C’est pourquoi, nous avons voulu vous montrer une autre face de la femme africaine: la femme libre, active mais surtout, la femme artiste ivoirienne.

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Jeunes filles Baoulé: photographie de Maari Christante

Un article à venir développera le statut particulier de la femme africaine, en insistant sur ses rôles dans la société et le déroulement de sa vie.

Juliette.

Webographie:

YAO A.R. Valeurs culturelles du peuple Baoulé : culture et mariage, Université de Bouaké, 2008 [en ligne] <http://www.memoireonline.com/12/09/2947/Valeurs-culturelles-du-peuple-Baoule-culture-et-mariage.html> (consulté le 19 mars 2014)

Iconographie:

PHOTOGRAPHIE

– Costume traditionnel Baoulé, source : <http://www.lebanco.net/images/actu2/cca4fde017e144e0055528.jpg> (consulté le 21 mars 2014)

– Femmes Baoulés actuelles, source : <http://maarichristante.com/visiting-the-first-churches-in-unreached-people-groups-ivory-coast/ic-1267/> (consulté le 20 mars 2014)

PEINTURE

Mythe d’Abla Pokou, source : <http://www.nairaland.com/1137648/traditional-attire-ivory-coast/5> (consulté le 21 mars 2014)

Introduction à l’étude des masques

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En Afrique, on fabrique des masques depuis 6000 ans. Ils nous renseignent sur la culture des divers peuples qui forment le continent et plus précisément sur les aspects religieux. Les masques sont portés seulement par des hommes, puisqu’ils ne peuvent être vu par des femmes ou par des étrangers. Puisque le visage de l’homme est caché par le masque, ce dernier a pour fonction de faire « apparaître les esprits ». Ce sont des objets sacrés, utilisés lors de cérémonies et lors de danses rituelles. Les jeunes initiés ont le droit d’assister aux grandes cérémonies. La conception de cet art met l’accent sur la fonction du masque au détriment de sa configuration. Néanmoins il est intéressant d’étudier leur fabrication, puisqu’ils sont tous uniques, les formes et les styles abondent. C’est un art original qui se régénère de peuple en peuple.

La fabrication d’un masque nécessite d’une part la connaissance d’un savoir-faire qui se transmet de génération en génération et d’autre part la connaissance des mythes des ancêtres. Le maître transmet à son jeune sculpteur cet apprentissage tout en lui laissant des libertés techniques et créatrices. Ainsi, chaque population a élaboré un art plastique qui s’exprime par de multiples expressions.

Le bois est le matériau de fabrication le plus fréquent. A cette sculpture en bois on ajoute des pigments, des ornements et des fibres végétales  tels que du raphia, des plumes, des perles ou des feuilles afin de créer des motifs humains ou animaliers et d’enrichir l’esthétisme de l’objet. Sur chaque masque, bien qu’ils soient tous uniques, on retrouve une organisation tridimensionnelle avec des volumes, une symétrie ou une asymétrie, des effets de lignes ou de courbes, des motifs géométriques avec des arrondis, des arrêtes, des saillis, toujours de façon frontale. Le sculpteur africain ne tient pas à signer son œuvre, puisque que le masque est la propriété du peuple auquel il appartient, il a été sculpté dans le but de servir le culte des ancêtres.

Il existe toute une symbolique des couleurs, qui font référence à des symboles parfois en contradictions, à tel point qu’il est difficile de les cerner. Ainsi le blanc représente la mort, mais aussi la renaissance, la couleur de Dieu, de la lumière et de la pureté. On crée du blanc à partir du kaolin ou à partir de craie. Les sculpteurs anciens le fabriquait avec des coquilles d’escargots, des œufs ou avec des excréments de serpent. La couleur rouge, elle, peut représenter le sang, le feu ou le soleil. Elle symbolise certes la chaleur, mais aussi la fécondité et le pouvoir. On fabrique le rouge avec de la noix de kola mâchée que l’on recrache ensuite. Mais aujourd’hui les sculpteurs utilisent du rouge trouvé dans le commerce. Le jaune représente la paix, la sérénité, la fortune, l’espoir, l’éternité, mais il peut aussi représenter le déclin, l’annonce de la mort. Le bleu indique la froideur et d’autre part le repos terrestre, le rêve. Le vert quant à lui est symbole de nourriture et de virilité. Enfin le noir, fabriqué avec des feuilles ou des écorces transmet la mort, l’anéantissement, le mal, la sorcellerie et l’antisocial.

Il existe ensuite plusieurs types de masques, selon le domaine d’utilisation et de l’importance auxquels il se rattache. La différence apparait surtout selon la taille du masque, qu’elle soit petite, moyenne ou grande. Les masques profanes regroupent l’ensemble des masques de petite dimension qui sont utilisés lors de fêtes de réjouissance. Les masques guerriers font référence à la conquête, au pouvoir militaire et sont de grande taille. Les masques danseurs sont les plus anciens et les plus utilisés. Avec des attaches, on troue de chaque côté le masque pour qu’ils puissent être portés par les hommes lorsqu’ils dansent. Les masques hybrides représentent  le contour du visage d’un homme et les attributs d’un animal avec l’ajout d’ornements tels que des cornes, des plumes ou des dents.

Certains ont parlé d’un « style cubiste », lorsque les formes géométriques sont prépondérantes et signalent à l’inverse un « style naturaliste », lorsque la représentation du réel est marquante. Mais ces appellations sont à utiliser avec prudence en raison de la projection nette d’un courant artistique européen sur une culture qui en est détachée.

Pour citer quelques exemples de la civilisation Baoulé, les masques « Kplé-kplé » représentent le soleil, et ses rayons sont signalés par des triangles peints. Ces masques ornés de cornes de buffle sont symbole de fertilité. Ils sont employés dans les rites liés à l’agriculture mais aussi dans des cérémonies funèbres. Le style propre des Baoulés peut être considéré comme un mélange entre les techniques artistiques de l’Est et du Nord de l’Afrique Occidentale qui rappellent les masques des Adjas, des Sénoufos ou des Gouros par exemple.

Masque kpléyé

Masque Kplé-kplé

En ce qui concerne le peuple Sénoufos, les masques « Wanyugo » représentent le buffle, l’antilope ou le crocodile de façon féroce. Ce sont des masques de grande taille utilisés lors d’un rite initiatique d’une durée de 7 ans appelé poro. Ces masques servent à participer à l’éducation et la formation des hommes. Il existe aussi des masques de petite taille à figure humaine liées à la magie « agressive ». Chez les Sénoufos, on distingue plusieurs catégories de masques dont deux sous le rapport de la forme et huit sous celui de l’utilisation.

Masque Wanyugo

Masque Wanyugo

Ces informations sur la fabrication des masques africains nous rappellent qu’il est primordial de toujours les étudier en fonction des croyances de chaque peuple. Pour les comprendre il faut se lier au quotidien de ces civilisations, principalement lors de leurs cérémonies, qui assurent la pérennité de cet art.

Elise.

Webographie :

KERCHACHE J., PAUDRAT J.L., STEPHAN L., L’art africain, éditions Citadelles, 1988 [en ligne] <http://africart.pagesperso-orange.fr/pages/etudk3.htm> (consulté le 17 mars 2014)

La référence culturelle de la Côte d’Ivoire [en ligne] <http://www.rezoivoire.net/cotedivoire/patrimoine/201/les-masques-senoufo-de-la-forme-a-la-signification.html#.Uxy78XmqMfE> (consulté le 18 mars 2014)

JAMIN J., « Le double monstrueux. Les masques-hyène des Sénoufo », InCahiers d’études africaines. Vol. 19 N°73-76. . Gens et paroles d’Afrique. Écrits pour Denise Paulme. p. 125-142. [en ligne] <http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cea_0008-0055_1979_num_19_73_2860> (consulté le 17 mars 2014)

PLATEAU J., et al., « Aluminium et arts tribaux dans la collection de Jean Plateau IHA », In: Cahiers d’études africaines., N°41, 2008, p. 6-41. [en ligne] <http://www.cairn.info/revue-cahiers-d-histoire-de-l-aluminium-2008-1-page-6.htm> (consulté le 17 mars 2014)

Iconographie :

Masque Kplé-kplé, source : <http://www.artisanat-africain.com/masques_africains/masque_cote_d’ivoire/galerie_senoufo/masque_senoufo_13.htm> (consulté le 21 mars 2014)

Masque Wanyugo, source : <http://www.artisanat-africain.com/masques_africains/masque_cote_d’ivoire/galerie_senoufo/casque_senoufo_2.htm> (consulté le 21 mars 2014)

Présentation des civilisations Akan et Sénoufo

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Ainsi que nous l’avions explicité dans l’introduction à notre projet, nous dresserons un panorama général de deux civilisations : les Baoulés et les Sénoufos. Les Baoulés appartiennent au plus large groupe des Akans, qui est présenté ici. L’objectif est de poser les bases géographiques, historiques et de s’immerger petit à petit dans la culture des peuples ivoiriens.

AKANS :

La Côte d’Ivoire est un pays qui s’est créé dans un contexte colonial. Ses limites ont été fixées par les Français en 1893 et ne tiennent donc pas compte d’une réalité sociale. La nation ivoirienne est donc constituée de plusieurs civilisations distinctes. Parmi elles, on compte les Akan. Cette société englobe à elle seule une multitude de plus petits groupes, dont le plus connu est celui des Baoulés.

Le territoire Akan s’étend sur le sud et l’est de la Côte d’Ivoire, ainsi que sur le sud du Ghana. Implantés dans l’actuelle Côte d’Ivoire au 17e siècle, ils proviennent d’après la tradition orale d’un pays appelé Agniwan-gniwan, qui se trouverait au nord du Ghana. Ils se qualifient de ‘‘vieille civilisation’’, car ils se considèrent comme la première civilisation installée dans le Golfe de Guinée. Cependant ils ne sont pas les premiers hommes à avoir peuplé ce territoire, il existait des peuples antérieurs très mal connus et absents de l’historiographie ivoirienne.

Une fois en Côte d’Ivoire, les Akans cherchèrent à former un espace de grande dimension et se lancèrent à la recherche d’or. Pour y parvenir, ils n’hésitèrent pas à se battre contre les populations autochtones installées depuis fort longtemps dans ces régions convoitées. Ainsi les Akans intégrèrent la forêt, la savane et le littoral marin.

On estime aujourd’hui la population akan à 20 000 000 personnes, dont 8 500 000 en Côte d’Ivoire et 11 500 000 au Ghana.

Les Akans se divisent en plusieurs royaumes :

  • Les  royaumes Abron Nzima, Agnu Juaben se situent tout près de la frontière du Ghana. On appelle ce groupe les Akans frontaliers.
  • Les Akans du centre constitués des Baoulés forment le deuxième groupe qui se situe principalement dans la région centre de la Côte d’Ivoire. Les Baoulés furent les derniers à migrer.
  • Enfin le troisième groupe, les Akans lagunaires occupe le sud du pays.

Chaque royaume est constitué de plusieurs clans, et chaque clan est sous la tutelle d’un roi ou d’une reine qui contrôle la vie religieuse, économique et politique du clan. La société Akan est très hiérarchisée. La royauté s’exprime par la possession de trois objets : le tabouret, une collection de poids à peser l’or et le sabre. Chez les Akans, l’héritage ne se transmet pas de père en fils mais d’oncle à neveu. La matrilignage et le sang structurent la formation des clans.

Leur religion repose sur la vénération de divinités naturelles telles que celles des montagnes et des forêts ; et des divinités surnaturelles telles que des géants ou des nains. Ils pratiquent aussi un culte des ancêtres. Des figurines en terre cuite moulées puis peintes qui représentent l’image d’un personnage de haut rang défunt sont au centre de ce culte. Une fois fabrication achevée cette sculpture de petite dimension est déposée auprès de la sépulture du défunt.

C’est une pratique ancestrale, mais ce système de succession est toujours ancré au sein de la civilisation akan. Dans chaque groupe, malgré quelques divergences de forme et de techniques de fabrications, les figurines sont utilisées lors de commémorations funéraires.

SENOUFOS :

Les Sénoufos forment une autre civilisation en partie ivoirienne, antérieure à la colonisation du territoire africain par les européens. Leur zone d’extension recouvre le sud du Mali, le sud du Burkina Faso et le nord de la Côte d’Ivoire. Leur origine est incertaine, mais il est probable qu’ils soient arrivés du Niger, ou peut-être du Mali au 13e siècle. La motivation qui les aurait poussés au déplacement serait la recherche de terres fertiles.

Carte du pays sénoufo

Carte de la répartition des Sénoufos.

Installée dans une région favorable à l’agriculture et donc attrayante, cette population pacifique a subi des invasions mandés à répétition, qui a conditionné l’étendue du territoire sénoufo. Au 19e siècle, la région de Korhogo s’est ralliée aux colons français, ce qui lui a valu et vaut toujours à la ville de Korhogo une plus forte influence politique. Par conséquent, cette ville est souvent qualifiée de capitale des Sénoufos, mais ce terme est abusif, car la société sénoufos est très segmentaire : les différents groupes qui la composent n’ont pas d’unité politique, mais seulement une grande proximité culturelle.

La civilisation sénoufos se compose de chefferies réparties dans des villages, qui n’ont de liens qu’avec leurs voisins les plus proches. On estime qu’il existe 1 500 000 personnes sénoufos, et la densité de population est très variable : jusque 80 hab/km² dans la région de Korhogo, et moins de 20 hab/km² dans les régions périphériques. Il s’agit d’une société de cultivateurs, essentiellement d’igname, de mil et de riz.

La base sociale est la lignée, essentiellement matriarcale. Le chef du lignage est chargé de régler les questions domestiques et rituelles. Tous les chefs de famille composent le conseil des chefs de famille. Cet organe est consulté par le chef de village pour les décisions importantes. Les qualités requises pour diriger les affaires publiques sont la sagesse et l’âge. Ce sont les hommes qui sont chargés de ces affaires. Les femmes ont cependant aussi un rôle social important : le sandhoho, un groupe de femmes assure l’application des lois du mariage pour rendre les lignées matriarcales effectives.

La structure religieuse est très complexe, et tourne autour d’un système d’initiation le poro, qui se déroule sur trois cycles de sept ans. Il y a différents stades, qui marquent les étapes de la vie. Cette religion a pour support matériel des statuettes, et des masques qui interviennent lors des cérémonies rituelles.

 Village sénoufo

Village Sénoufo

Cette première approche des civilisations Akan et Sénoufo montre d’ores et déjà qu’il s’agit de deux peuples de longue tradition, dont les codes sociaux sont complexes et l’artisanat d’une grande technicité. Elle sera suivie de divers zoom thématiques portant par exemple sur les masques, la poterie, la place de la femme ou encore la religion, qui affineront les connaissances sur ces peuples, et continueront de montrer leur grandeur culturelle.

Elise et Léa.

Webographie :

Civilisation Akan :

ALLOU K.R., Les populations Akan de Côte d’Ivoire, Paris, l’Harmattan, 2012, [en ligne] : <http://www.youscribe.com/catalogue/livres/litterature/romans-historiques/les-populations-akan-de-cote-d-ivoire-1403885> (consulté le 1er mars 2014)

Géographie Akan [en ligne] : <http://www.memoiredafrique.com/fr/akan/geographie.php> (consulté le 1er mars 2014)

Civilisation Sénoufo :

HOLAS B., « Fondements spirituels de la vie sociale sénoufo », in Journal de la Société des Africanistes, 1956, tome 26, pp. 9-31 [en ligne] <http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1956_num_26_1_1940> (consulté le 1er mars 2014)

PLATEAU J.  et al. « Aluminium et arts tribaux dans la Collection Jean Plateau-IHA », in : Cahiers d’histoire de l’aluminium, 2008 tome 41, pp. 6-41 [en ligne] <http://www.cairn.info/revue-cahiers-d-histoire-de-l-aluminium-2008-1-page-6.htm> (consulté le 1er mars 2014)

SANOGO B., Le rôle des cultures commerciales dans l’évolution de la société sénoufo, Presses universitaires de Bordeaux, 1989 [en ligne] <http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=p0kGDgvPMcYC&oi=fnd&pg=PA1&dq=soci%C3%A9t%C3%A9+s%C3%A9noufo&ots=3NDOiIbJvv&sig=fIyNgHMx7F3uD53BKprg4ZERf4I#v=onepage&q=soci%C3%A9t%C3%A9%20s%C3%A9noufo&f=false> (consulté le 1er mars 2014)

Iconothèque :

Carte de la répartition des Sénoufos, source : wikipedia.org

Village Sénoufo, source : notjes.over-blog.com, dont l’auteur a accepté que nous utilisions ses images.

Introduction

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Bonjour, et bienvenue sur le blog Les peuples ivoiriens lèvent le masque. Il est conçu et rédigé par trois étudiantes : Juliette Bradford qui suit un cursus d’histoire de l’art, Elise Kapamadjian et Léa Saint-Jalm, qui étudient l’archéologie. Nous sommes toutes les trois en deuxième année de licence à l’université Paris 1 et nous suivons plusieurs cours en commun.

Parmi eux, celui de ressources numériques qui vise à nous familiariser avec la recherche scientifique en ligne, à l’heure où l’afflux d’informations sur Internet permet à la fois la diffusion d’articles, vidéos, archives sonores de très bonne qualité, et la publication de contenus peu fiables. Savoir faire la différence entre les deux, porter un regard critique sur le contenu en ligne, et apprendre à utiliser des plateformes uniquement dédiées à la publication scientifique sont des compétences qu’il nous est impératif d’acquérir dès maintenant, afin de rendre notre recherche informatique aussi crédible qu’un travail en bibliothèque.

Afin de maîtriser le travail sur ces ressources, nous devons élaborer un blog scientifique en lien avec notre objet d’étude. Sur le semestre, nous devons trouver un sujet, mettre en forme un blog et le rendre fonctionnel, et rédiger au moins cinq articles par personne, et deux articles en commun (la présente introduction, et la conclusion qui clôturera notre travail). La consigne principale est de n’utiliser que des ressources numériques : articles publiés sur des sites scientifiques par exemple, ou des ressources numérisées : livres scannés par exemple.

Notre projet s’est construit autour de deux volontés. D’abord celle d’allier nos spécialités : l’histoire de l’art d’une part et l’archéologie d’autre part ; et celle de travailler sur l’Afrique, un continent dont on ne connaît que peu de choses alors qu’il est culturellement très riche et diversifié. Cette méconnaissance nous a poussées à orienter notre choix vers un large public. Nous n’avons pas la prétention de pouvoir rédiger des articles pouvant concrètement apporter quelque chose au monde de la recherche, mais nous pouvons jouer un rôle dans la communication de ces informations, en présentant des civilisations d’une façon claire mais rigoureuse et en soulevant les grandes questions qui émergent de ces études. De plus, chercher à expliquer les informations que l’on trouve impliquera une remise en question des formulations employées, de l’ordre dans lequel présenter les faits, de la façon la plus intéressante de présenter un aspect, et par conséquent nous assurera une approche critique des ressources employées.

Pour ce qui est du choix des groupes étudiés, nous avons sélectionné deux peuples ayant une proximité géographique (la côte d’Ivoire) mais aussi une identité culturelle : d’une part les Akans, et plus spécifiquement les Baoulés, et d’autre part les Sénoufos. Ce sont des civilisations dont nous ne savions presque rien avant de commencer ce travail. Ainsi, l’enjeu autour des ressources numérique en est redoublé : peut-on vraiment croire les informations même très générales données par des sites amateurs ? La comparaison de plusieurs ressources pourra éclairer ce point. Nous montrerons aussi ce que peuvent nous apprendre les sources peu fiables. Si leur contenu n’est pas à réutiliser tel quel, il peut être analysé pour comprendre la perception qu’a leur auteur des civilisations concernées. Quant aux ressources scientifiques, elles feront aussi l’objet d’une analyse critique car elles peuvent aussi être révélatrice d’une perception très européenne éloignée de la réalité des peuples africains.

Chutes de Karfiguéla en pays Sénoufo

Chutes de Karfilégua en pays Sénoufo

Les éléments principaux que nous souhaitons aborder dans l’étude de ces civilisations sont de plusieurs ordres : esthétique, pour apprendre à observer les objets, savoir les analyser, les mettre en relation avec la tradition orale, les mythes ; technique, afin de comprendre les méthodes de fabrication, les chaînes opératoires et montrer la finesse de certaines productions ; et anthropologique, afin de mettre en relation les objets et les sociétés, de comprendre le rapport entretenu entre les deux. Pour connaître ces peuples, nous nous attacherons à faire des présentations thématiques : les masques, les cérémonies religieuses, la place des femmes, ou encore les instruments de musique. Cependant nous les mettrons aussi en relation, pour ne pas trop cloisonner notre étude. Dans la mesure du possible, nous partagerons des ressources de différents types : articles, vidéos, sons, livres numérisés…

Ce blog, s’il a vocation de partager un savoir et des réflexions avec le large public constitue aussi une expérience. C’est un travail collaboratif, qui demande donc de la communication, le partage des idées ainsi que des débats pour savoir quelles décisions prendre. Cela nous initie au travail en équipe, fondamental dans le monde de la recherche. C’est aussi une recherche de fond, basée sur les ressources numériques, et nous verrons dans quelle mesure celles-ci nous fournissent ce dont on a besoin, et quelles en sont les limites.

Nous vous souhaitons une bonne navigation sur ce blog, en espérant qu’il répondra à vos attentes !

Elise, Juliette et Léa.

Iconothèque :

Chutes de Karfilégua en pays Sénoufo, source : notje.over-blog.com, dont l’auteur a accepté que nous utilisions ses images.